Stibo Systems - The Master Data Management Company

Comment calculer l’Eco-Score des produits alimentaires

 |
4 janv. 2023 10:00:00

L'Eco-Score français témoigne des difficultés des retailers du secteur alimentaire qui doivent calculer et communiquer les données relatives au cycle de vie et à la durabilité de leurs produits. Ce calcul nécessite une gestion unifiée des données et différentes compétences.

Calculer l’Eco-Score des produits alimentaires avec le MDM

 

Paarijat Bose, Senior Consultante chez Stibo Systems Interview avec Paarijat Bose, Senior Consultante chez Stibo Systems à propos du calcul de durabilité et de l’analyse du cycle de vie des produits alimentaires.

Avant de rejoindre Stibo Systems, Paarijat a travaillé en tant que consultante pour un important retailer belge. Grâce à ces fonctions, elle a facilité l’obtention de données de durabilité exactes, en cartographiant les exigences pour chaque produit. Elle a assuré l'exactitude des informations de durabilité, créé des modèles d'information et mis au point la traçabilité des données. Paarijat possède donc des connaissances approfondies sur un sujet qui figure actuellement en bonne place dans l'agenda de nombreux retailers : le score de l’analyse du cycle de vie et la gestion des données de durabilité. Nous lui avons demandé de partager son expérience. Elle explique ici comment obtenir et calculer les données de durabilité de façon à pouvoir les utiliser pour le scoring.

Les retailers du secteur alimentaire doivent relever un énorme défi en matière de durabilité : communiquer aux consommateurs l’analyse du cycle de vie de chacun de leurs produits. Mais par où doivent-ils commencer ? Les attentes dans ce domaine sont élevées, tout comme le nombre de normes de durabilité qui semble chaque jour augmenter.

Il existe plusieurs normes basées sur des paramètres numériques, tels que l'empreinte environnementale des produits, le score de l'analyse du cycle de vie (ACV) et le Green Premium. Pour les retailers comme pour leurs clients, ces normes sont souvent submergeantes. Ce sont des méthodes de calcul utilisables dans le cadre de KPI et de métriques de performances industrielles. Mais pour les retailers, ce qui importe le plus, ce sont des indicateurs simplifiés tels que le Digital Product Passport (pour les textiles, la construction, l'industrie, les véhicules électriques et les batteries) ou l'Eco-Score (pour les produits alimentaires). Ces indicateurs simplifient le calcul et permettent de choisir facilement des produits bons pour les consommateurs et bons pour l'environnement.

Ces indicateurs facilement compréhensibles peuvent également aider les retailers à promouvoir les produits respectueux de l'environnement. Ils permettent d’augmenter les ventes auprès des clients responsables. Enfin, grâce à ces indicateurs, les retailers peuvent facilement effectuer un suivi de métriques comparables et créer des rapports de durabilité. Prenons l'exemple de l'Eco-Score.

Livre blanc - constuire un avenir plus durable pour le retail

Obtenir le livre blanc

Construire un avenir plus durable pour le retail

Pourquoi la gestion des données est un impératif incontournable pour la réalisation des objectifs de durabilité du retail


 

Pourriez-vous nous en dire plus sur l’Eco-Score ?

L'Eco-Score est un indicateur de l'empreinte écologique d'un produit alimentaire. Il a pour modèle le Nutri-Score, qui calcule la valeur nutritionnelle d'un produit. L'Eco-Score est un logo coloré en forme de feuille avec une lettre allant de A (faible impact environnemental) à E (très fort impact environnemental). Ce score peut contribuer à soutenir des choix alimentaires plus durables, à promouvoir des pratiques agricoles vertueuses, à réduire l'utilisation des ressources et le réchauffement climatique et à préserver la vie pour les générations futures.

La méthodologie de calcul de l'Eco-Score a été développée en France par un groupe de huit intervenants indépendants : ECO2 Initiative, Etiquettable, FoodChéri, Marmiton, Open Food Facts, ScanUp, Seazon et Yuka. Ce score a été mis en place en janvier 2021 afin de fournir aux clients une information instantanée sur l'impact environnemental d'un produit. Munis de cette information, ils peuvent consommer de manière plus durable. Le groupe Colruyt a lancé l'Eco-score en Belgique en mars 2021. En France, Carrefour a annoncé l’indication de ce score sur l'emballage de nombreux produits. La même année, Lidl Belgique a également commencé à indiquer l'Eco-Score sur ses produits. L'Eco-score peut en outre être obtenu sur de plus en plus de canaux : non seulement sur l'emballage ou les étiquettes de prix de nombreux produits, mais aussi grâce aux codes-barres, à la fonction de recherche des applications ou encore sur différents sites web. Tout comme les produits de marque privée des retailers, les produits de marque nationale indiquent de plus en plus ce score.

 

Existe-t-il une base juridique pour l'Eco-Score ?

À ce jour, l'Eco-Score est un label issu de l’effort bénévole de différents acteurs de l’informatique, de la distribution et de la restauration. Tous ont pour objectif de créer un outil simple, utilisable par tous, afin de réduire l'impact de la production alimentaire sur la planète. Ce consortium a décidé de créer une méthodologie indépendante, transparente et collaborative fondée sur des données publiques.

Données publiques composant l'éco-score

En 2021, une Initiative citoyenne européenne proposant un « Eco-Score européen » visant à informer les consommateurs de l'impact écologique des produits sur les étiquettes a été enregistrée par la Commission européenne.

La Commission européenne devrait présenter fin 2022 une proposition en vue d’un système européen d'étiquetage des produits alimentaires. À l’instar de Nutri-Score, cette proposition prendra en compte les aspects nutritionnels utiles pour soutenir les objectifs de santé publique, mais aussi les aspects sociaux et de durabilité des produits alimentaires (ciblés par l’Eco-Score). Nous ne savons pas encore si l'Eco-Score sera conservé ou si un nouveau cadre sera proposé.

L'Eco-Score étant une initiative bénévole, ses modalités d’application ne sont pas assorties de pénalités en cas de non-respect. Toutefois, la situation pourrait changer si l’UE établit une législation, à l’instar des informations nutritionnelles désormais obligatoires dans certains pays de l'UE et au Royaume-Uni.

 

Comment calculez-vous l'Eco-Score ?

L'Eco-Score est la somme de plusieurs paramètres. Tout d’abord le score de l'analyse du cycle de vie (ACV) du produit, plus quelques points de bonus et de malus en fonction de l'emballage du produit et des processus de production. Le calcul du score inclut également des paramètres liés à la chaîne d'approvisionnement, tels que le transport, les politiques des pays impliqués, et si le produit affecte ou non des espèces menacées.

Calcul de l'éco-score

Image source: docs.score-environnemental.com 

La partie Analyse du cycle de vie de l'Eco-Score est calculée à partir de données publiques produites, dans le cadre du projet Agribalyse, par l'ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) et l'INRAE, Institut national de recherche œuvrant pour un développement cohérent et durable de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement. Cette partie évalue l'impact environnemental moyen de 2 500 catégories de produits, par exemple les biscuits pour petit-déjeuner, les biscuits pour petit-déjeuner avec édulcorants, les biscuits pour petit-déjeuner avec chocolat, etc.

 

À l’échelle du retailer, quelles équipes et quels profils prennent part au calcul de l'Eco-Score ?

La gestion des données de durabilité est un vaste sujet qui exige tout un éventail de compétences spécialisées, même si la taille réelle de l'équipe peut être modeste. Si nous parlons uniquement de l'Eco-Score des industries alimentaires, un retailer aura besoin de conseillers en durabilité et de diététiciens, mais aussi de spécialistes de la gouvernance des données, de data scientists, d'experts en information produits, de responsables des relations avec les fournisseurs, et de conseillers en sourcing/approvisionnement.

À l’évidence, l'équipe juridique, le marketing et les architectes métier et techniques doivent également être impliqués.
Le programme est généralement supervisé par un responsable de la durabilité, un manager ESG ou un responsable produit.

 

Du point de vue du scoring, quel est le processus complet de calcul et de préparation des données de cycle de vie ?

Tout d'abord, vous devez collecter les données auprès des fournisseurs. Vous devez ensuite vérifier les données auprès des équipes qualité internes.

Si le produit figure déjà dans le réseau GDSN, vous devez vérifier l'exactitude des données sur les étiquettes, les ingrédients et la certification. Toutefois, s’il s’agit d'un nouveau produit, les données collectées ne peuvent être vérifiées qu'en interne.

Une fois les données collectées, le produit est mappé à une catégorie de la base de données Agribalyse disponible dans Présentation - Eco-Score. Ce mappage peut être complexe. Il est basé sur les propriétés complètes du produit. S'il s'agit d'un fruit ou d'une viande, les détails complets de chaque ingrédient associé sont pris en compte, par exemple la coupe, le type, la condition, la couleur, la température, l'arôme, la fermentation, etc. Ce processus peut être complexe et nécessiter l'implication de diététiciens ou de nutritionnistes. L’IA et/ou le machine learning peuvent être utilisés avec l'aide du traitement du langage naturel (NLP) afin d’automatiser le processus avec des flux de données appropriés.

Une fois la catégorie mappée, en tenant compte de toutes les étapes de production (agriculture, transformation, emballage, transport, distribution et consommation) sur la base des indicateurs d'impact environnemental, le score de l'analyse du cycle de vie est calculé. Les indicateurs d'impact environnemental pris en compte comprennent le changement climatique, l'empreinte carbone, l'appauvrissement de la couche d'ozone, les rayonnements ionisants, l'utilisation des terres, de l'eau et de l'énergie, la pollution atmosphérique et marine, la pollution de l'eau douce (particules, acidification, eutrophisation) et l'épuisement des ressources.

Ensuite, des points de bonus et de malus sont calculés par rapport à des impacts environnementaux critiques que l’analyse du cycle de vie ne couvre pas totalement (tels que la biodiversité). Ces points tiennent compte également des spécificités de chaque produit au sein d'une même catégorie. Le score de référence est modulé par des bonus et des malus selon des facteurs tels que :

  • Méthode de production : Un bonus est accordé aux produits qui disposent d'une certification d'un sigle ou d'un label officiel garantissant des avantages environnementaux (biologique, commerce équitable, HVE, Label Rouge, Bleu Blanc Cœur, MSC/ASC).
  • Origine des ingrédients : Un bonus est accordé en fonction de l'origine des ingrédients. Ce bonus prend en compte l'impact du transport et la politique environnementale du pays d'origine.
  • Espèces menacées : Un malus est attribué aux produits contenant des ingrédients présentant un impact négatif important pour la biodiversité et les écosystèmes, tels que l'huile de palme, dont la production est responsable d'une déforestation massive.
  • Conditionnement : Un malus est attribué à un produit si son emballage manque de « circularité » (utilisation de matières premières recyclées et recyclabilité) et en cas d’emballage excessif, en tenant compte des compétences du pays d'activité.

Ces différents résultats sont additionnés pour obtenir l'Eco-Score final

À noter que toute correction de données implique un processus très long et coûteux. Une correction peut en effet nécessiter des ressources de la part du fournisseur ou du service qualité, des moteurs de calcul ou des vérificateurs pour les données sur les produits ou sur la durabilité.


De toute évidence, évaluer le cycle de vie des produits et mettre en ordre les données de durabilité représentent une énorme charge pour les retailers. Quelle est votre expérience quant à la quantité de travail manuel nécessaire au calcul ? Est-ce qu’une partie de ce processus pourrait être automatisée ?

Collecter toutes les données auprès des fournisseurs représente déjà un effort considérable, avant même de procéder au calcul. De nouvelles méthodes sont très souvent utilisées pour obtenir des données à cause de l'absence même d'outils de capture de données spécifiques à la durabilité. L’effort est alors double pour les fournisseurs qui doivent saisir les données plusieurs fois dans différentes sources.

Dans le cas d'une saisie manuelle des données, des contrôles de qualité et de gouvernance sont effectués, car les données sur la durabilité sont des données sensibles. Si des données erronées sont publiées, elles peuvent affecter l'image de la marque et les relations avec le fournisseur.

Vient ensuite la partie calcul, qui, même si elle est automatisée, doit être vérifiée par rapport à des valeurs simulées afin de garantir l'exactitude des données et leur cohérence par rapport aux sources de données standard. À titre d’exemple, la déclaration de label/certification doit correspondre aux déclarations présentes sur le marché (par exemple sur le réseau GDSN). Tout écart peut entraîner des problèmes juridiques.

Ensuite, toute correction de données est faite en accord avec le fournisseur, ce qui prend encore du temps. Souvent, ces échanges se font par e-mail ou par téléphone, ces deux modes de communication, si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, présentant eux-mêmes leur propre empreinte carbone.

Toute modification de la méthode entraîne des lourdeurs, car elle doit être vérifiée par le consortium et les fournisseurs doivent en être informés. Dans certains cas, des corrections de données massives sont nécessaires.

En ce qui concerne l'automatisation, oui, le calcul de l'Eco-Score peut être automatisé.

De même, le mappage avec la catégorie Agribalyse peut être automatisé en utilisant le NLP et l'IA. Une validation manuelle reste cependant nécessaire pour garantir l'exactitude des données sensibles, exactitude qui a un impact direct sur l'Eco-Score.

Pour les moteurs de calcul, ou le propre pool de données du retailer, des intégrations automatisées sont possibles, par exemple l'intégration de la source de données ADME.

Les processus d'approbation de toute modification des données et la notification aux parties prenantes peuvent également être automatisés.

 

Quelle proportion des données de durabilité est issue des informations des fournisseurs ?

Les informations des fournisseurs constituent la base des données de durabilité. À titre d’exemple, tant que les fournisseurs n’ont pas communiqué leurs données sur les ingrédients et sur leur origine, nous ne pouvons pas commencer à mapper les données avec les catégories d’Agribalyse pour obtenir le score de l'analyse du cycle de vie ou l'un des bonus-malus. Même les données d'étiquetage et de certification proviennent directement du fournisseur, ou des données entrées par le fournisseur dans un pool de données standard tel que le GS1.

Livre blanc - constuire un avenir plus durable pour le retail

Télécharger le livre blanc

Construire un avenir plus durable pour le retail

Pourquoi la gestion des données est un impératif incontournable pour la réalisation des objectifs de durabilité du retail.

 

Quelles données de durabilité sont particulièrement difficiles à obtenir ?

Le mappage avec la catégorie appropriée d’Agribalyse est la partie la plus délicate. C’est à partir de cette opération que l'analyse du cycle de vie est déterminée. Mais parfois, il peut être difficile d’identifier des choses aussi simples que les ingrédients. Par exemple, sur des croquettes, l’ingrédient est-il de la fécule de pomme de terre ou de la poudre de pomme de terre ? Nous devons savoir en outre si cet ingrédient vient du producteur ou du fournisseur.

 

D'un point de vue opérationnel, quelle est la partie la plus délicate de la gestion des données de durabilité ?

La correction des données et les approbations sur les changements qui doivent également être rapidement signalés à toutes les parties prenantes.

 

Voyez-vous des possibilités d'optimisation qui permettraient de rendre l'analyse du cycle de vie plus efficace et peut-être d'accroître la qualité des données ?

La gestion automatisée des données fait gagner du temps et améliore la qualité, car les données de durabilité représentent un volume gigantesque.

La collecte, l'intégration et la gestion des données nécessitent une plateforme de gestion des données de durabilité. Toute modification des données entrantes ou des réglementations sous-jacentes peut nécessiter des approbations et des notifications. Avec des données provenant d'une source unique, utilisées pour la communication interne et externe, les entreprises pourront plus facilement atteindre les objectifs de durabilité et respecter les exigences de conformité.

 

Quel est selon vous l’enseignement le plus important de votre travail sur la gestion des données de durabilité dans le retail ?

Pour un retailer, la gestion des données de durabilité fait partie intégrante de la gestion des données de référence : données fournisseurs, informations produit, données de localisation (origine et région d'activité). Ce sont des informations cruciales pour l’analyse du cycle de vie. Elles ne doivent pas être traitées ou conservées en silos. Correctement gérées, ces données peuvent améliorer l'efficacité d’opérations telles que la chaîne d'approvisionnement et le marketing. Elles ont un impact sur la valeur de la marque. Malheureusement, les données de durabilité proviennent de sources très diverses. Si ces sources ne sont pas regroupées, il faut déployer beaucoup d'efforts pour corriger toute anomalie et éviter les erreurs de communication. Une source d'information unique, ainsi qu'une solide stratégie de gouvernance des données, sont donc nécessaires.

 

Quels conseils donneriez-vous aux retailers du secteur alimentaire qui en sont encore au début de leur parcours de durabilité ?

Ce parcours représente un énorme travail pour les retailers. La bonne nouvelle cependant c’est que ces initiatives de durabilité sont soutenues par des stratégies politiques, les besoins climatiques et les choix des consommateurs. Le temps joue en faveur de ceux qui agissent maintenant. Les retailers peuvent convertir ces efforts en opportunités.

Du fait de leur position unique, au milieu de la chaîne d'approvisionnement, entre fournisseurs en amont et consommateurs en aval, les retailers peuvent réellement agir en faveur d’une économie circulaire globale. Ils peuvent promouvoir une consommation durable en proposant des produits durables et en réalisant des campagnes d'information. Ils peuvent favoriser la production durable en appliquant des politiques d'achat responsable avec les fournisseurs.

Pour pouvoir tirer parti du potentiel de la durabilité, les retailers doivent faire appel à des spécialistes des données. Ils doivent investir dans des processus et des technologies capables de fournir des données correctes au moment opportun.

Ils doivent également s’orienter vers une gestion des données de durabilité depuis une source unique et éliminer les silos, ce qui exige une gestion propre et précise des données. Comme la plupart des informations de durabilité sont liées aux données de référence, il est important de disposer dès le départ d'informations correctes, disponibles pour toutes les parties prenantes.

Cover of the eBook Building a more sustainable future for retail

Télécharger le livre blanc

Construire un avenir plus durable pour le retail

Pourquoi la gestion des données est un impératif incontournable pour la réalisation des objectifs de durabilité du retail.


Mickaël Pluchon

Mickaël Pluchon est Consultant avant-vente senior chez Stibo Systems. Il a plus de 15 ans d'expérience internationale dans le domaine de l'informatique et de la gestion des données. Il applique ses connaissances pour aider les détaillants et les fabricants à développer leur entreprise grâce à une gestion améliorée des données.



← Article précédent
Prochain article →